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Attention RETOUR !!!!
10 juillet 2005

Et voilà !!! Cette fois la fin de cette belle aventure approche... Nous sommes tous un peu tristes de quitter ces quatre mois remplis de rencontres, de découvertes, d’amitié et bien sur de travail. La seule chose qui nous console et ce n’est pas peu, c’est que l’on va tous se retrouver au CICP rue Voltaire pour trois semaines de retrouvailles et d’échanges ; ce sera mieux que la cyber communication ! Le plaisir de raconter nos expériences, de disséquer nos chocs culturels et nos galères... et bien sur de faire le bilan !
Ce sera aussi l’occasion pour nos structures de départ de s’enrichir de notre travail.
Tout ça vaut de l’or, j’espère que de nombreux autres volontaires nous suivront sur la voie de l’échange et de la solidarité. Nous pensons déjà à ceux qui viennent de partir et qui vont découvrir peu à peu leur structure : je leur souhaite plein de réussite et pleins d’articles sur le site !

Et d’ores et déjà je vous donne rendez-vous le jeudi 28 juillet au CICP pour que l’on puisse vous raconter de vive voix et partager avec le plus grand nombre notre expérience européenne.

En attendant vous pouvez lire les carnets de route des volontaires de la promotion 2 :

-  Alessandra
-  Brigitte
-  Clara
-  Elisa
-  Julien
-  Manon
-  Matthieu
-  Sandrine
-  Sylvia
-  Ugo
-  Valentina



74 familles en attente d’expulsion à Lisbonne
27 juin 2005 par Sandrine

Parce qu’elles n’ont pas été incluses dans un plan de relogement datant de 1993, 74 familles se retrouvent en attente d’expulsion sans qu’aucune alternative de relogement ne leur soit proposée, à Azinhaga dos Besouros, dans la banlieue de Lisbonne.

Voilà maintenant plus d’un mois que nous accompagnons les familles d’un quartier de baraques, dans le Municipe d’Amadora. Azinhaga dos Besouros fait partie des quelques quartiers dont les populations ont été recensées en 1993 lors de la mise en place des programmes spéciaux de relogement (PER [1] ) qui devaient permettre l’éradication des bidonvilles de l’aire métropolitaine de Lisbonne et de Porto.

A ne pas s’y méprendre, selon des études réalisées par des centres de recherche et commanditées par les propres créateurs de ce programme extraordinaire, plus de 50% des municipes affichent comme première priorité l’éradication des bidonvilles, avant même la nécessité de reloger l’ensemble de ces populations, qui vivent pourtant dans des conditions déplorables.

Ce paramètre pris en compte, on comprend peut-être mieux, mais on a toujours du mal à admettre la forme qu’ont pris les relogements, et encore plus la manière dont se passent les expulsions et les démolitions de baraques, c’est-à-dire sans aucun souci relogement.

A Azinhaga dos Besouros, ce sont aujourd’hui 74 familles (mais ce chiffre augmente de jours en jours) qui se sont regroupées en comité d’habitants afin de revendiquer un droit qui ne leur est pas reconnu, le droit à un logement décent ! Après maintes réunions et manifestations devant la mairie, après s’être mobilisées et exprimées devant le conseil municipal, après avoir demandé qu’un dialogue soit ouvert entre elles et la mairie afin de solutionner conjointement le problème, les familles sont toujours sans réponse aucune et vivent dans la peur quotidienne de l’évacuation forcée et de la démolition. Certaines ont déjà vécu ce cauchemar et en parlent comme si c’était encore hier. Aujourd’hui, elles ont trouvé refuge chez leur voisin dont la maison est elle aussi en sursis ; mais pour combien de temps encore ?

« C’est la mairie qui crée les sans-abri », titrait un journal local.

Si la mairie ne crée pas vraiment les sans-abri, elle contribue en tout cas à la mise en place et à la perpétration de discriminations et d’inégalités dans l’accès au logement. En refusant d’instaurer un espace de dialogue et en déniant même les difficultés que rencontrent ces familles (non pas seulement pour se loger) la mairie nie leur légitimité et leur intégrité même ! Elle use de stratagèmes et abuse de sa position afin de discréditer ces familles devant l’opinion publique. Quand le maire d’une municipalité peut se permettre d’étaler la vie privée de ces concitoyens ( [2] ) lors d’un conseil municipal pour légitimer son manque d’intérêt, de compassion et surtout de responsabilité dans cette affaire, quand du point de vue légal il est impossible de s’opposer de quelque manière que ce soit à ces innombrables injustices, que nous reste-t-il alors ?

Mais la lutte continue et, si on doit échouer dans ce combat-ci, que ce soit dans la dignité, la mobilisation et la solidarité ; jusqu’au jour où à force de lutte, de dénonciation et de conscientisation, on gagnera au moins le droit d’être écoutés et l’espoir d’être entendus...



Barcelone l’été : Rooms and flats for rent (for tourists only !)
20 juin 2005 par Elisa

Passer l’été et se loger à Barcelone peut-être une agréable expérience ou un périple, selon que l’on est touriste ou que l’on y vit, et surtout, selon ses moyens financiers. La période de juin à août à Barcelone représente en effet une véritable aubaine pour tous les apprentis spéculateurs qui ont un appartement, une chambre, un lit, et pourquoi pas bientôt aussi, un cagibi à louer (référence à un certain article qui circule sur le web, concernant un cagibi-appartement de 5m2 à Londres loué une fortune) !
J’ai lu vendredi dernier dans la version locale du périodique Metro que les prix des loyers à Barcelone avaient augmenté de 17% en un an. C’est beaucoup, mais dans de nombreux cas, bien en dessous de la réalité. Le périodique illustrait son article en citant à titre d’exemple les prix moyens de location pour une superficie donnée en fonction des quartiers. Ainsi, le prix moyen cité comme référence pour un 64 m2 dans le centre ancien Ciutat Vella est de 599 euro.

Voici une petite anecdote que j’ai pu suivre de près et qui montre clairement la difficulté croissante de se loger à Barcelone. Des connaissances à moi qui travaillent depuis deux ans dans la ville et vivent dans le quartier de la Barceloneta (district de Ciutat Vella) cherchent désespérément un appartement à louer depuis quelques mois, dans le même quartier si possible. Elles paient aujourd’hui 600 euro par mois pour un 30m2. A la date de leur entrée dans cet appartement, il y a un an, elles payaient 500 euro. Leur loyer a été augmenté par deux fois de 50 euro en un an (soit une augmentation de 20%) sans qu’aucun travail n’ait été effectué entre-temps dans l’appartement.
Au mois de juillet elles devront libérer l’appartement pour que son propriétaire puisse multiplier son profit en louant celui-ci à la journée ou à la semaine à des touristes de passage. Tous les appartements de surface similaire qu’elles ont pu visiter jusque là dans le même secteur ne valent pas moins de 750 euro par mois, dans le meilleur, ou plutôt le pire des cas : appartement sombre à rez-de-chaussée, avec douche au dessus des toilettes ! Souvent la chambre ne dispose pas même de fenêtre ou ventilation...
De fait, il semble aujourd’hui qu’un 30 m2 loué 750 euro par mois soit une véritable affaire, et une faveur que nous fait son propriétaire qui pourrait tout aussi bien trouver preneur pour 50 ou 70 euro la journée, le critère de confort n’ayant pas le même poids lorsque l’on vient passer 3 jours de vacances avec le centre à proximité !
Un appartement de 60 m2 à 600 euro dans Ciutat Vella ? Personnellement elles n’en ont encore vu aucun. Peut-être reste-t-il encore quelques chanceux ayant signé voilà quelques années un contrat de location de 5 ans, ce qui les laisse théoriquement à l’abri d’une brusque hausse des loyers... jusqu’à péremption du contrat.
Peut-être que la location d’un appartement avec contrat "légal" et en passant par une agence offre plus de garanties... mais cette solution reste hors de portée de la majorité des ménages et jeunes qui viennent à peine d’entrer dans le monde du travail et à qui l’on demande d’entrée six mois d’aval bancaire, un ou deux mois de dépôt de garantie, plus un mois d’agence.
Ajoutons à cela que le pourcentage officiel de logements en régime locatif est de 6% à peine, qu’à titre d’exemple, entre 1995 et 2000 les prix des loyers ont augmenté de 35,3% alors que dans le même temps les salaires n’ont augmenté que de 6,8%, que le salaire moyen d’un jeune travailleur est d’environ 785 euro par mois, et ne parlons pas des exclus, des personnes âgées seules, des familles en situation précaire...
Presque toutes les classes sociales sont désormais affectées par la hausse incontrôlée et excessive des prix du logement à Barcelone, au point que d’ici peu, pas un seul autochtone ne sera en mesure d’assumer un loyer dans sa propre ville.

La défense de la langue catalane aura-t-elle encore du sens dans une ville vide de ses habitants et abandonnée aux touristes ?



Week-end non citoyen en Italie
13 juin 2005 par Manon

Durant mes trois mois en Italie, j’ai eu la chance d’observer la citoyenneté italienne lors de deux appels aux urnes, et de deux campagnes très animées, bien que complètement différentes. Alors que la première ressemblait à une campagne électorale des plus classiques - bien que Bud Spencer faisait parti des candidats - opposant les parties de droites à ceux de gauches dans la course aux régions, pour ce référendum la campagne était quelque peu plus surprenante, opposant les partisans du « Oui », à ceux de l’Abstention...

Il s’agissait d’un référendum bioéthique pour l’assouplissement de la loi 40 sur la procréation médicalement assistée (ça commence mal). Le référendum invitait les italiens à se prononcer sur la modification de quatre points de cette très récente loi. En effet, après la période un peu anarchique des années 90 au niveau de la fécondation assistée, le parlement italien avait voté en février 2004, un peu à la va vite, cette fameuse loi 40 pour rétablir l’ordre moral éthique et chrétien sur la production et l’usage des embryons humains.

Les points les plus controversés de cette loi ont été soumis à l’avis du peuple italien ce week-end. En gros, il s’agissait d’assouplir et d’élargir les possibilités d’accès à la fécondation assistée, rendre les démarches médicales moins lourdes pour les femmes, permettre la recherche médicale sur l’embryon pour lutter contre des maladies comme Alzheimer, et assurer le droit non réfutable de l’avortement, mis en cause par la contradiction avec l’article 1 de la loi 40, qui reconnaît l’embryon égale en droit au père et à la mère. Pour plus de précisions sur les quatre questions posées, je vous invite à les lire en annexe. Mais comme je ne voudrais pas rendre cette brève trop indigeste, je préfère développer les causes de ces résultats surprenants.

Le référendum n’est pas passé, car avec seulement 25,9% de participation au vote, le minimum requis de 50% et 1 vote nécessaires pour valider le vote était loin d’être atteint. La loi 40 reste donc en vigueur comme elle était, malgré ses aberrations et ses complications. Alors même si vous me direz que cela n’a pas beaucoup de rapport avec l’exclusion urbaine, je vous dirais que cela a soulevé beaucoup de question dans ma petite tête, au niveau du droit des femmes et de l’engagement citoyen.

Seulement quelques mois aprés son élection, Benedetto XVI a pu commencer son mandat politique de manière énérgique en prenant part à cette campagne italienne. Même si normalement le Vatican est un état indépendant de l’Italie, il a tenue a donner son avis d’homme qui ne connaitra jamais la paternité et considère l’embryon comme un don de Dieu. Mais contrairement a ce qu’on pourrait croire, il n’a pas appelé ses fidèles à voter "non", mais à s’abstenir, avec le slogan « Sur la vie on ne vote pas ».

Et si on ne vote pas sur la vie, alors, on vote sur quoi ? Le référendum est quand même une merveilleuse invention démocratique, ou l’on demande l’avis directe au peuple au lieu de décider tout seul dans son coin. Mais les promotteurs de cette campagne d’ingérence ont décidé que les italiens n’étaient pas assez matures pour prendre de telles décisions éthiques. Et suite aux résultats de forte abstention, le Vatican a finalement déclaré que « le peuple italien est un peuple mature ». ALors si pour eux la maturité est de ne pas aller voter, de ne pas donner son avis et ne pas réfléchir sur cette bioéthique, moi je ne comprends plus rien... En tous cas, il semblerait que Berlusconi soit mature selon cette définition, lui qui était tranquillement sur une plage sarde lors du référendum, soit disant « pour ne pas influencer le débat »...

Quitte à faire une campagne, il me semble qu’il aurait été plus citoyen de la part de l’église de se battre pour le non, mais en ce chaud week-end de juin, on imagine qu’il n’était pas très difficile de motiver les italiens à aller faire un tour à la plage plutôt que dans les bureaux de vote - sauf quand, comme pour notre cher ami Ugo, le bureau de vote est dans la baie de Naples, et cela donne donc une excuse citoyenne pour prendre quelques jours de congé de son stage milanais... et surtout quand le gouvernement offre 60% de réductions sur les billets de train pour qui rentre voter chez lui. Mais il semble que seul Ugo a profité de cette promotion citoyenne de trenitalia, la majorité de ces concitoyens ayant préféré payé plein pot, ou ne pas rentrer à la maison.

Alors, le calcul de l’Eglise était simple, et gagné d’avance : ajouter aux 30% d’abstentionnistes habituels les nombreux catholiques de l’Italie conservatrice, les âmes sensibles qui ont été convaincues que la recherche permettrait la création de mutants humains, et l’énorme masse des indécis qui, finalement, ne se sentait pas vraiment concerné par la question trop technique : Moi, stérile ? jamais... On imagine que le charmant pépé des Puglia ne s’est pas senti solidaire de la cause des femmes... et pourtant, il le regrettera quand il sera atteint de la maladie d’Alzheimer...

Et moi qui était en Italie que depuis 3 mois, j’aurais tellement aimé voter, et soutenir mes amies qui devront faire le voyage à Barcelone ou souffrir de 5 hospitalisations avant de pouvoir être enceintes. Soutenir la cause des femmes, des couples stériles, des malades du diabète et du droit à l’avortement comme d’un droit complètement acquis et irréfutable.

Alors pour conclure, Oui au droit de vote des citoyens résidents étrangers !

Annexe :

Petite explication des quatre questions posées :

-  D’aprés la loi 40, seul les couples stériles pouvaient accéder aux techniques de procréation assistée, ne leur permettant pas de créer plus de 3 embryons in vitro, lesquelles devaient être tous implantés simultanément dans l’utérus sans diagnostique préventif sur leur bagage génétique. Les changements proposent d’autoriser également les couples qui risqueraient de transmettre à leurs enfants des maladies génétiques, et de permettre le diagnostique génétique avant l’implantation pour éviter les maladies génétiques.

-  La seconde question portait sur les expérimentations scientifiques sur l’embryon humain. Alors que la loi 40 interdit toute congélation des embryons, les modifications de la loi proposait de l’autoriser afin de pouvoir effectuer des recherches sur les cellules souches de l’embryon, indispensable pour les maladies comme le diabète, Alzheimer et Parkinson. Aussi, cela permettrait aux femmes de faire un seul relevé de leurs ovules, et dans le cas de l’échec de l’implantation, de recommencer dans la foulée sans recommencer l’hospitalisation et la lourde injection hormonale qu’impose le prélevé.

-  L’article 1 de la loi 40 « assure les droits à tous les sujets engagés dans le procédé de la fécondation assisté », c’est à dire le père, la mère et l’embryon. En annulant cette égalité entre la mère et l’embryon, le référendum veut éviter un contresens entre cet article et la loi sur l’avortement, qui nie de fait cette égalité. Le fait que cet article figure dans la constitution italienne met en danger, par son incohérence le droit à l’avortement ; quel est l’article qui prédomine ? De plus, dans le cas de la fécondation assisté, le couple pourra choisir de ne garder qu’un ou deux enfants si les trois implantations réussissent.

-  Enfin le dernier changement propose d’autoriser la fécondation étérologue, c’est à dire le recours à des spermatozoïdes ou des ovules de donneurs externes au couple stérile ou ayant un patrimoine génétique à risque.



La Constitution Européenne vu de Bruxelles
6 juin 2005 par Julien

Il va être difficile d’être aussi pertinent que les autres auteurs de unes. En effet, quand on se penche sur les sujets proposés depuis trois mois maintenant, on s’aperçoit que ceux-ci sont des prises de positions qui amènent à des prises de consciences. Je me sens un peu démuni pour rédiger cette Une. Même si la participation citoyenne tend à développer la démocratie locale, un enjeu pas toujours bien intégré par les pouvoirs en place, le sujet traité ne demande pas autant d’engagement personnel. Toutefois, nous pouvons nous pencher sur les troubles qui secouent l’Europe à savoir le OUI/NON de la Constitution Européenne. Je ne tiens absolument pas à rentrer dans le débat maintenant.(Problème d’engagement peut-être ? Ce n’est juste pas le fond de mon exposé). Je ne sais pas si c’est la proximité de la France et des Pays-Bas qui fait que le sujet des deux référendums est sur toutes les lèvres ici , mais je pense surtout que les Belges auraient aimé être consulté. En Belgique, les sénateurs ont approuvé le texte le 28 avril 2005, suivis par les députés le 19 mai 2005. Le Traité doit encore être soumis aux cinq assemblées régionales et communautaires belges, en principe avant l’été. Le fait est qu’en Belgique, la consultation populaire directe, le référendum, est anti-constitutionnel. Le clivage entre les communautés flamandes et wallonnes est tellement important qu’un référendum pourrait nuire à l’unité de la fédération Belge. Toutefois le sujet ne concernant pas les problèmes internes de la Belgique, peut-être qu’une révision de la constitution (belge celle-là) auraient été possible ? Les autorités belges ne voulaient pas mettre en péril la situation centrale de Bruxelles, donc de la Belgique, au cœur de l’Europe ? Tout cela reste hypothétique. Bonne continuation. A bientôt.

"Quando sei nato non puoi più nasconderti"
31 mai 2005 par Alessandra

Sur les belles cotes du sud de l’Italie accostent chaque jour des bateaux plein des clandestins (encore aujourd’hui une nouvelle barque a accosté un Sicile) et plein d’esperances qui tres vite risquent de partir en fumé. Le 21 avril 2005 est entrée en vigueur la nouvelle loi sur l’immigration (Loi Bossi - Fini), qui a encore empiré les conditions d’accueil des immigrés en Italie en introduisant les centres d’identification, lieux ou sont « maintenus » pendant 20 jours les immigrés dans le but de les identifier. Et pendant que la presse et les associations italiennes tentent de sensibiliser l’opinion publique sur les droits principaux des immigrés, en dénonçant entre autre l’illégitimité de cette loi d’enfermement ( désignée « notre Guantanamo » par S. Moncherini, journaliste indépendant), qui emprisonne des personnes coupables de rien, une contribution importante arrive de Cannes. C’est là qu’à été présenté pour la première fois le film du réalisateur italien Marco Tullio- Giordana qui s’appelle « Quando sei nato non puoi più nasconderti ».

J’en ai entendu parlé pour la première fois par le représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés, à Rome les 6 et 7 mai lors de la conférence nationale sur l’asile organisé par le CIR - Consortium Italien pour les Réfugiés. Je suis allée le voir. Après tant de discours politiques, ce film est vu à travers les yeux d’un enfant, qui avant de parler écoute, qui ne comprend pas mais vit la situation, qui ne connaît pas, mais au lieu de juger, observe et quelques fois apprend. Un enfant déjà chanceux avant, parce que fils d’une famille d’industriel du nord de l’Italie, il a toujours eu ce dont il avait besoin. Mais encore plus chanceux ensuite, quant sa vie s’enrichit à la suite d’une rencontre fortuite avec un « boat people » remplit d’immigrés clandestins. Et voilà que sa vie se mélange presque jusqu’à se confondre avec les histoires de deux jeunes Roumains qui deviendront pour lui des enseignants de la vie : d’eux ils apprendra le courage et le désespoir, la joie mais aussi d’énormes douleurs. Dans sa vérité sans filtres morales ce film parle un langage nouveau, et justement pour ça, représente un nouvel espoir.



Le réseau de travailleurs de l’urgence
23 mai 2005 par Valentina

Shelter Meeting a Genève.

Depuis deux ans le Shelter Centre organise une séance entre plusieurs acteurs de l’urgence. Les participants se rencontrent chaque six mois dans le but de partager et d’échanger des informations et un savoir faire en matière d’urgence. C’est donc le 12 et 13 Mai qu’a eu lieu a Genève ce dernier meeting. Apres le débat de Novembre sur quelles principes adopter dans la planification des camps de réfugiés, le thème de cette rencontre a été centrée sur la reconstruction suite aux calamitées naturelles et à la situation actuelle après le tsunami en Asie. Plusieurs exposées on été présentés par les représentants des organisations : les abris temporaires, l’utilisation des draps en plastique, les structures semi-temporaires, l’installation des camps et les critères selon lesquels on planifie le territoire dans les régions touchées. A coté des apports théoriques, plusieurs workshops ont été organisés pour discuter de nouvelles propositions. Après chaque exposé les participants ont pu se confronter et donner leur disponibilité pour créer des groupes de travail. Ces contacts seront utiles pour continuer ensemble l’étude et la mise en place des projets proposés une fois rentré après le meeting. Comme dans tous les domaines (et bien sûr c’est aussi notre but au sein de ce programme d’échange) se confronter et partager les instruments et les expériences c’est un moyen très important pour améliorer le travail de chacun. Mais c’est surtout dans la coopération que ça devient essentiel : les associations que depuis différents pays travaillent dans le même cadre, ont des buts communs. On as donc besoin de regarder tout autour de nous pour avoir un cadre général et faire part d’une démarche commun.



De la vie en coopérative en italie
16 mai 2005

Histoire d’une une.

Jusqu’à vendredi soir, j’avais envie de faire un édito impersonnel, dédié à un complexe résidentiel de Padoue, devenu à l’ « insu de son plein gré » un véritable mythe urbain local, stigmatisé par l’extrême majorité de la population (avec une aide indéniable des médias de la région).

Et puis j’ai pris part à la réunion des membres du pôle associatif de Via Commissario 42 (cf. ici pour plus d’informations sur mon lieu de travail), et je me suis dit que Via Annelli pourrait faire l’objet d’un futur article, étant donné que les choses apercues à la réunion méritaient d’être signalées, et qu’elles rentraient plus dans un cadre éditorial.

De la difficulté de se dire les choses

Donc vendredi soir, à l’ombre et à l’heure de l’apéro se sont réunies tous les membres des différentes associations, avec l’objectif de « présenter le dernier exercice de Casa a Colori (l’auberge - centre d’accueil de la maison) et de discuter de ses prochains objectifs ». En clair, il était surtout demandé à tous de dire ce qui ne fonctionnait pas dans la gestion de ce lieu.

Problème : la peur de faire une critique (constructive) pouvant être prise comme une attaque personnel envers son destinataire, ajouté à la configuration de la réunion (les gens travaillant pour le centre "contre le reste du monde") ont inhibé l’ensemble des participants. Il a été dit, dans le plus pur syle langue de bois, qu’il fallait se dire les choses en face, qu’il fallait travailler ensemble, penser aux clients mais aussi aux collègues etc. Mais rien n’a été dit sur la qualité des repas [3] ou les prestations offertes.
Me revenait à l’esprit cette phrase d’un professeur de licence « une bonne réunion est une réunion qui ne finit pas par : il faut qu’on se revoit pour en reparler » ...

Bref, j’ai donc eu droit à un beau dialogue de sourds, avec des personnes n’étant pas (du tout) sur la même longueur d’onde et une question : serait-il plus difficile de se dire les choses en face dans une organisation à vocation sociale qu’à l’interieur d’une entreprise ?

Cette réunion démontre une fois de plus qu’un projet, aussi valide et cohérent soit-il, ne pourra jamais fonctionner sans les personnes idoines derrière. Et si celles-ci ne le sont pas, ou ne tient pas dans la même direction, que faire ? (Le licenciement n’étant déjà pas une chose aisée, il l’est encore moins dans le cas d’une ONLUS). Car au final, tout le monde en pâtit : et l’ensemble des membres du pôle qui n’auront pas pu faire part de leurs divergences et débattre sereinement, et les bénéficiaires du centre d’accueuil, qui ne pourront pas bénéficier d’une amélioration du service à laquelle ils ont le droit de prétendre.



L’Espagne et l’échec du processus de régularisation des étrangers
9 mai 2005 par Brigitte

L’Espagne vient de reconnaître la légalité du mariage homosexuel, et comme tel rejoint les rangs des pays les plus progressistes de son époque. Elle s’est ainsi ouverte aux changements sociaux et aux évolutions des mentalités qui parcourent sa Société, en intégrant un élément déjà présent dans la réalité quotidienne. Par cette réforme institutionnelle, le Gouvernement Socialiste tourne le dos à un passé lourd et pesant de traditionnalisme, faisant fi d’une longue histoire marquée par le sceau de la religion et du conservatisme, pour parier sur l’avancement d’une Société moderne en osmose avec toutes ses composantes.

Mais les paroles sans les actes ne sont rien, et de nombreux maires ont déjà annoncé qu’ils ne procèderaient pas à ce type d’union, arguant du Droit à l’objection de conscience... Ceci pour dire que le chemin de l’intégration démocratique et de l’égalité sociale est parsemé d’obstacles, que le conservatisme et l’exclusion existent bel et bien sous le fragile terreau du progressisme et de la modernité, et que l’Espagne, malgré sa Movida et sa riche diversité, est emplie de contradictions... De fait, elle n’a pas su répondre aux défis posés par l’immigration, et à l’heure de clôturer le processus extraordinaire de régularisation des étrangers, le bilan est pour le moins négatif. Après 3 mois de grande insécurité juridique (du 7 février au 7 mai),ce processus chaotique laisse en marge près de 700000 personnes, exclues des droits les plus élémentaires. Et comme tel, l’Espagne vient de perdre une belle opportunité de résoudre ses contradictions en montrant au monde la qualité démocratique de sa Société, tout en s’ajustant à sa réalité sociale.

Tout au long de ce processus, elle a en effet démontré une méconnaissance totale du phénomène migratoire, insistant non pas sur ses causes (certes le processus de globalisation et le Clivage Nord/Sud, mais surtout une attitude idéologisée du contrôle et une stricte politique d’entrée et de séjour des étrangers), mais en focalisant sur ses conséquences : la "clandestinité". De fait, le principal objectif de la politique migratoire du nouveau Gouvernement n’a jamais été la régularisation en soi, mais plutôt la régularisation comme instrument de lutte contre "l’économie souterraine". Dès lors, le phénomène migratoire n’a été analysé qu’à travers le prisme d’une main-d’oeuvre utile à l’enrichissement de l’Etat, et non pas en termes de reconnaissance de la dignité et des Droits Fondamentaux de toutes ces personnes qui vivent et travaillent sur le territoire. Ainsi, les conditions posées et l’ensemble du processus parsemé de changements, de contradictions et d’inégalités ont entrainé une grave insécurité juridique et l’impossibilité pour bon nombre d’intéressés de pouvoir se faire régulariser. Pourtant, nombreux étaient optimistes face à cette réforme "humaniste" qui permettraient à plus de 800000 immigrés d’obtenir des papiers, un statut légal et un emploi en Espagne : la fin du cauchemar, le début d’une nouvelle vie dans la légalité et le bienêtre...C’était enfin reconnaître que l’Espagne était passée d’un pays d’émigration à un pays d’immigration, c’était accepter que l’Espagne ne soit pas seulement un pays de transit pour ces étrangers fuyant la réalité économique ou politique de leur pays d’origine... Mais c’était surtout sans compter sur les conditions draconniennes de ce processus vicié, qui, que ce soit au niveau des Droits de l’Homme, ou de l’ajustement à la réalité économique du pays, est un échec patent.

L’exigence du contrat de travail a démontré une vision utilitariste de l’étranger bien loin de favoriser son intégration sociale comme citoyen et comme sujet de Droits, puisque seul était visé le "travailleur" (et non pas sa famille par exemple). De plus, la régularisation à l’initiative exclusive de l’employeur (sauf travail domestique discontinu) a engendré de nombreuses irrégularités et discriminations, sans parler d’abus de pouvoir : de nombreux employeurs ont ainsi purement et simplement "licencié" ceux qui demandaient un contrat dans le but d’être régularisés ou ont exigé des sommes astronomiques pour procéder à la régularisation, voire un temps de travail sans salaire.

D’autre part, le certificat de recensement municipal (preuve d’une résidence habituelle en Espagne d’au moins 6 mois), exigé coûte que coûte, a signifié un calvaire pour bon nombre d’immigrés qui ne ce sont pas fait recenser, entre autres par peur de la Police, qui avait accès à ce type de renseignements ! Vers la fin du processus (fin mars !), au vu des difficultés constatées et du nombre très faible d’étrangers en possession de ce document administratif, le gouvernement et les municipalités acceptèrent de "flexibiliser" cette condition et d’accepter tout autre type de document officiel...Cependant, ce changement intempestif, outre la reconnaissance en soi d’un processus pernicieux et trop strict, fut bien trop tardif et inégalitaire, étant donné que selon les municipalités et les Communautés les documents exigés n’étaient pas les mêmes... Enfin, le dernier problème fut celui généré par l’extrait de casier judiciaire vierge ou certificat d’antécédents pénaux, exigé de façon générale, sans tenir compte des pays où ce document est soit inexistant soit sans valeur si le pays en question ne respecte pas les Droits de l’Homme...

Dès lors, au vu de tous ces éléments, on peut donc dire que ce processus extraoridnaire de normalisation de la situation des étrangers sur le territoire espagnol a été chaotique, bien trop restrictif et qu’il a laissé de côté des milliers de personnes condamnées à la marginalité, à l’exclusion et à la clandestinité. Ainsi, sur un chiffre approximatif d’un million 200000 étrangers (recensés bien sûr...le chiffre noir n’est pas précisé), 600000 ont été régularisés. Ce qui signifie d’une part que plus de la moitié d’entre eux se retrouvent privés des droits les plus élémentaires, ce qui est totalement intolérable dans une Société dite de Droits, et au sein d’un Etat qui fait si grand cas de son esprit progressiste et moderne, mais qu’en plus l’objectif initial de faire le jour sur l’economie sousterraine n’a pas été atteint étant donné que celle-ci n’est certainement pas le fruit des seuls immigrés...

Bref, encore une occasion perdue pour l’Espagne de faire preuve de discernement, d’ouverture d’esprit et de lucidité : dans un pays marqué par la diversité de ses Communautés Autonomes, et par la rigueur de ses conflits identitaires, comment construire une Société progressiste et moderne sans intégrer l’Autre ? Car lutter contre la discrimination sexuelle n’est rien si l’exclusion sociale et raciale persistent...



L’Espagne et l’echec du processus de régularisation des étrangers
9 mai 2005 par Brigitte

L’Espagne vient de reconnaître la légalité du mariage homosexuel, et comme tel tel rejoint les rangs des pays les plus progressistes de son époque. Elle s’est ainsi ouverte aux changements sociaux et aux évolutions des mentalités qui parcourent sa Société, en intégrant un élément déjà présent dans la réalité quotidienne. Par cette réforme institutionnelle, le Gouvernement Socialiste tourne le dos à un passé lourd et pesant de traditionnalisme, faisant fi d’une longue histoire marquée par le sceau de la religion et du conservatisme, pour parier sur l’avancement d’une Société moderne en osmose avec toutes ses composantes.

Mais les paroles sans les actes ne sont rien, et de nombreux maires ont déjà annoncé qu’ils ne procèderaient pas à ce type d’union, arguant du Droit à l’objection de conscience... Ceci pour dire que le chemin de l’intégration démocratique et de l’égalité sociale est parsemé d’obstacles, que le conservatisme et l’exclusion existent bel et bien sous le fragile terreau du progressisme et de la modernité, et que l’Espagne, malgré sa Movida et sa riche diversité, est emplie de contradictions... De fait, elle n’a pas su répondre aux défis posés par l’immigration, et à l’heure de clôturer le processus extraordinaire de régularisation des étrangers, le bilan est pour le moins négatif. Après 3 mois de grande insécurité juridique, ce processus chaotique laisse en marge près de 700000 personnes, exclues des droits les plus élémentaires. Et comme tel, l’Espagne vient de perdre une belle opportunité de résoudre ses contradictions en montrant au monde la qualité démocratique de sa Société, tout en s’ajustant à sa réalité sociale.

Tout au long de ce processus, elle a en effet démontré une méconnaissance totale du phénomène migratoire, insistant non pas sur ses causes (certes le processus de globalisation et le Clivage Nord/Sud, mais surtout une attitude idéologisée du contrôle et une stricte politique d’entrée et de séjour des étrangers), mais en focalisant sur ses conséquences : la "clandestinité". De fait, le principal objectif de la politique migratoire du nouveau Gouvernement n’a jamais été la régularisation en soi, mais plutôt la régularisation comme instrument de lutte contre "l’économie souterraine". Dès lors, le phénomène migratoire n’a été analysé qu’à travers le prisme d’une main-d’oeuvre utile à l’enrichissement de l’Etat, et non pas en termes de reconnaissance de la dignité et des Droits Fondamentaux de toutes ces personnes qui vivent et travaillent sur le territoire.

Ainsi, les conditions posées et l’ensemble du processus parsemé de changements, de contradictions et d’inégalités ont entrainé une grave insécurité juridique et l’impossibilité pour bon nombre d’intéressés de pouvoir se faire régulariser. Pourtant, nombreux étaient optimistes face à cette réforme "humaniste" qui permettraient à plus de 800000 immigrés d’obtenir des papiers, un statut légal et un emploi en Espagne : la fin du cauchemar, le début d’une nouvelle vie dans la légalité et le bienêtre...C’était enfin reconnaître que l’Espagne était passée d’un pays d’émigration à un pays d’immigration, c’était accepter que l’Espagne ne soit pas seulement un pays de transit pour ces étrangers fuyant la réalité économique ou politique de leur pays d’origine... Mais c’était surtout sans compter sur les conditions draconniennes de ce processus vicié, qui, que ce soit au niveau des Droits de l’Homme, ou de l’ajustement à la réalité économique du pays, est un échec patent.

L’exigence du contrat de travail a démontré une vision utilitariste de l’étranger bien loin de favoriser son intégration sociale comme citoyen et comme sujet de Droits, puisqu seul était visé le "travailleur" : ni sa famille, ni les mineurs, etc... De plus, la régularisation à l’initiative exclusive de l’employeur (sauf travail domestique discontinu)a engendré de nombreuses irrégularités et discriminations, sans parler d’abus de pouvoir : de nombreux employeurs ont ainsi purement et simplement "licencié" ceux qui demandaient un contrat dans le but d’être régularisés ou ont exigé des sommes astronomiques pour procéder à la régularisation, voire un temps de travail sans salaire. L’autre problème majeur fut le certificat de recensement municipal (preuve d’une résidence habituelle en Espagne d’au moins 6 mois), exigé coûte que coûte, et qui a signifié un calvaire pour bon nombre d’immigrés qui ne ce sont pas fait recenser, entre autres par peur de la Police qui avait accès à ce type de renseignements ! Vers la fin du processus (fin mars !), au vu des difficultés constatées et du nombre très faible d’étrangers en possession de ce document administratif, le gouvernement et les municipalités acceptèrent de "flexibiliser" cette condition et d’accepter tout autre type de document officiel...Cependant, ce changement intempestif, outre la reconnaissance en soi d’un processus pernicieux et trop strict, fut bien trop tardif et inégalitaire, étant donné que selon les municipalités et les Communautés les documents exigés n’étaient pas les mêmes...

Enfin, le dernier problème fut celui généré par l’extrait de casier judiciaire vierge ou certificat d’antécédents pénaux, exigé de façon générale, sans tenir compte des pays où ce document est soit inexistant soit sans valeur si le pays en question ne respecte pas les Droits de l’Homme...

Dès lors, au vu de tous ces éléments, on peut donc dire que ce processus extraoridnaire de normalisation de la situation des étrangers sur le territoire espagnol a été chaotique, bien trop restrictif et qu’il a laissé de côté des milliers de personnes condamnées à la marginalité, à l’exclusion et à la clandestinité. Ainsi, sur un chiffre approximatif d’un million 200000 étrangers (recensés bien sûr...le chiffre noir n’est pas précisé), 600000 ont été régularisés. Ce qui signifie d’une part que plus de la moitié d’entre eux se retrouvent privés des droits les plus élémentaires, ce qui est totalement intolérable dans une Société dite de Droits, et au sein d’un Etat qui fait si grand cas de son esprit progressiste et moderne, mais qu’en plus l’objectif initial de faire le jour sur l’economie sousterraine n’a pas été atteint étant donné que celle-ci n’est certainement pas le fruit des seuls immigrés...

Bref, encore une occasion perdue pour l’Espagne de faire preuve de discernement, d’ouverture d’esprit et de lucidité : dans un pays marqué par la diversité de ses Communautés Autonomes, et par la rigueur de ses conflits identitaires, comment construire une Société progressiste et moderne sans intégrer l’Autre ? Car lutter contre la discrimination sexuelle n’est rien si l’exclusion sociale et raciale persistent...



Lisbonne abandonnée
3 mai 2005 par Sylvia

immeuble condamné, rue São José, Lisbonne - 49.5 ko

5000 immeubles abandonnés et vétustes à Lisbonne (ville intra-muros) est le chiffre avancé par l’association Vamos Renovar Lisboa, lors du débat organisé sur le thème du droit au logement par l’association Solidariedade Imigrante, vendredi 8 avril 2005.

Lors de cette réunion réalisée dans le cadre des activités du groupe de travail sur le droit au logement créé au sein de l’association Solidariedade Imigrante par Sandrine (et dans lequel je me suis très rapidement investie), les personnes présentes : partenaires du groupe ; imigrants ; représentants d’associations et volontaires se sont penchés, entre autres choses, sur l’état consternant d’abandon et de dégradation avancée dans lequel se trouve une grande partie du patrimoine construit du centre de Lisbonne face à la nécessité grandissante de logements en milieu urbain.

1- Les principales raisons :

Pour mieux comprendre l’état actuel des choses, il faut revenir à l’époque de la dictature où en 1946, Salazar instaura le gel des loyers (d’habitation et de commerce) dans les zones urbaines de Lisbonne et Porto. Cette mesure d’intérêt social avait été créée à l’époque pour garantir l’accès au logement (et sa stabilité) des populations les plus pauvres. En plus de garantir le maintient des loyers pendant des années, elle garantissait aussi la transmition du contrat de location aux descendents des occupants après le décet de ces derniers, indépendement de la volonté du propriétaire.

Cette loi fut maintenue après la révolution des oeillets et même étandue à toutes les villes du pays par le gouvernement en 1974 afin de pouvoir répondre à la très forte nécessité de logements (1/3 de la population vivait dans des bidon-villes) et préserver les plus pauvres de l’inflation.

En 1986, le gouvernement portugais face au besoin d’actualiser les loyers révisa la legislation en vigueur permettant le réajustement de ces derniers mais les maintenant toujours inférieurs à l’inflation, ce qui en réalité ne changea pas grand chose.

Ainsi pendant des décennies, les loyers des centres urbains ont stagnés. En 2004, 50% des loyers en centre ville ne dépassaient pas les 60 euros par mois sur l’ensemble des 141 villes portugaises, selon l’Instituto Nacional de Estatisticas (INE).

2- Les principales conséquences :

Petit à petit le maintient de telle mesure contribua à miner le marché locatif et sacraliser le droit à la propriété au yeux de la société portugaise. Les propriétaires face à l’évantualité de ne pas pouvoir actualiser régulièrement les loyers à la hausse demandaient une prime trop élevée pour la location, ainsi il devint plus couteux de louer que d’acheter.

Paralellement à la création d’une société de petits propriétaires (75% des portugais le sont, avec une moyenne de 2 logements par habitant), le gel des loyers a aussi favorisé la décapitalisation et conséquente déresponsabilisation de ces derniers face à la necessité de maintenance et réhabilitation de leurs logements en location. Parce qu’ils devraient dépenser beaucoup plus d’argent dans l’entretien du batît qu’ils n’en recoivent des loyers, la tendance des propriétaires à laisser les immeubles se dégrader, espérant la mort de tous les vieux locataires, allant même jusqu’au point de danifier eux-même la structure de l’immeuble pour qu’il s’écroule plus vite et le revendre au prix fort, est devenue pratique courante dans le centre de la capitale (et malheureusement pas condamnable au yeux de la société), comme le témoignent les photos prisent par Sandrine et moi-même de la rue de São José.

Pour défendre leurs intérêts dans une situation où chacun se jette la pierre, les locataires et les propriétaires se sont depuis longtemps organiser en associations respectives. Seul point commun dans les revendications est l’exigence faite au gouvernement de se prononcer et d’assumer ses conséquences face à une situation épineuse qui depuis les années 80 aurait due être résolue.

En attendant, l’état avancé de dégradation et d’abandon du patrimoine construit du centre ville de Lisbonne s’aggrave, sans beaucoup d’espoir.



le 25 avril
29 avril 2005

à Milan comme tous les ans depuis 60 ans une grande manifestation fête la liberation de l’Italie du fascisme. Cette année 300.000 personnes se sont rassemblés pour rappeler que la démocratie en Italie existe gràce au 25 avril 1945.

galerie photos



Une autre agriculture est possible
21 avril 2005

Europe de l’Est, Roumanie, Cluj Napoca, Université d’agronomie, bureau d’Avram Fitiu.

Avram est le secrétaire général de la Fédération National de l’agriculture biologique de Roumanie, il est aussi responsable de l’enseignement de la section écologie de l’université et devrait prochainement accéder à un poste au ministère de l’environnement. Pourtant, malgré ses responsabilités et ses différentes fonctions, sa connexion Internet laisse vraiment à désirer.

Mais bon, avec un peu de patience, persévérance et chance... Me voici a Cluj-Napoca,ville universitaire de plus de 150 000 etudiants. Cluj est culturelle et vivante : 5 cinémas, 2 théâtres, 4 piscines, de nombreux centres culturels, bars, librairies, clubs et boutiques a la mode...Nous sommes loin des images de Gadjo Dilo mais le monde rural va révéler une autre image, je pense.

Je devrai partir la semaine prochaine dans la région de Maramures (prononcer Maramouréch ) au nord ouest de la Roumanie, au pied des Carpates. Comme dans la grande majorité du pays, les pratiques agricoles y sont traditionnelles : le tracteur n’a pas remplacé le cheval (comme chez les 90 pour cent des paysans dans le monde), les savoir-faire sont ancestraux et la biodiversité agricole encore riche. Contrairement a la France, les semences agricoles sont sélectionnées, multipliées et échangées par les fermiers (les paysans francais veulent réapprendre ces connaissances). Les variétés locales cultivées sont encore nombreuses., mais menacées. On ne réalise pas, a mon avis, l’importance de la perte de la biodiversité agricole et des conséquences que cela entraînent. ( environ 75 pour cent des plantes agricoles auraient disparu des champs au cours du XX e siecle-FAO 1997).Se réapproprier des connaissances, sensibiliser sur l’agrobiodiversite et les risques des OGM, échanger des semences : voilà donc le but de l’échange paysans que je prépare.

Deux mots sur les OGM : ils sont cultivés de façon significative en Roumanie (presque 100 pour cent du soja est transgénique : 100 000 ha environ). Les multinationales, Monsanto en particulier, viennent expérimenter (prunier, pommiers, blé, pommes de terres ...génétiquement modifiés) et vendre ici leur « génie » génétique tant critiqué en Europe. Normal, il n’y a, en Roumanie, aucune information, tracabilité, transparence, étiquetage ou débat public... Travailler sur ce sujet n’est pas du tout évident, la grosse difficulté est vraiment la non structuration du monde agricole. Organiser un débat public relève du challenge...mais bon : avec un peu de patience, persévérance et chance...

Pour finir, je voudrai dire que pour moi tout est lié. Les OGM s’inscrivent dans la logique de l’agriculture industrielle à forte intensité de capital, d’intrants ( pesticides et engrais) et de risques écologiques. Produire (et manger) ces produits ont aussi un coût social. Nos tomates d’hiver proviennent d’El Hejido (Andalousie) 45 000 ha de serres ou 50 000 migrants travaillent dans des conditions plus que difficiles. Les Roumains viennent maintenant concurrencer la main d’œuvre marocaine en acceptant de travailler pour 500 euros par mois. Tout se recoupe, consommation locale, législation des semences, immigration, politique agricole ...mais sûrement un autre monde est possible avec beaucoup de patience, persévérance et chance.

Stephane



Sevilla y las fiestas
18 avril 2005

Le printemps à Séville est synonyme de fêtes en tout genres. Après la fameuses et religieuse « Semana Santa » au mois de mars qui paralyse la ville par des dizaines de longues processions religieuses, la « Feria » vient de fermer ses portes.
La Feria de Séville existe depuis des siècles, c’était avant un grand marché aux vaches et aux chevaux. Aujourd’hui encore, la feria d’avril est la semaine la plus attendue par les sévillans. Les vaches ont disparu, mais la ville change de rythme : les flamencas (femmes en costume de gitane) et les calèches à cheval font irruption dans tous les coins de la ville. Pourtant la feria se déroule dans un lieu fermé, un peu excentré du centre ville. A l’intérieur, des rues et des centaines de casetas (sortes de grands marabouts) recréent l’ambiance d’un village le temps d’une semaine. Et là c’est la découverte d’un autre monde, d’une ambiance très particulière.
Toutes les générations sont rassemblées pour faire la fête nuit et jour et pour se montrer dans sa plus belle robe ou sur son plus beau cheval. Et bien sur les journées et les nuits sont rythmées par la « Sevillana », la danse traditionnelle de Séville.

La feria de Séville se distingue des autres ferias espagnoles car presque toutes les casetas sont privées, ce qui veut dire que seuls la famille et les amis (et les amis des amis..) peuvent entrer et faire la fête. Les quelques casetas publiques sont celles des partis politiques, des syndicats, de la mairie et de quelques associations. J’ai participé à la feria dans une caseta publique. L’association Accion alternativa tient une caseta et pour l’organisation, la cuisine et le bar, les volontaires de l’asso se sont mis au travail, convivialement rejoint par ceux de l’APDH. Ainsi, deux nuit durant j’appris à faire les tortillas et à démonter la caseta (ce qui explique les quelques heures de retard de cette UNE !).

Pendant ce temps, même si la feria est l’occasion pour nombre de précaires (notamment les immigrants) de se faire quelques sous en devenant portier, serveur et autres, le processus de régularisation des « sans papiers » commencé au mois de février est sur le point de s’achever sur un bilan désastreux, c’est à dire très peu de légalisations et toujours des milliers de personnes irrégulières. Ainsi l’APDHA et d’autres associations se réunissent déjà depuis un mois pour demander que le processus de normalisation soit prolongé et que les critères soient simplifiés.
Une concentration et une manifestation devaient être organisées cette fin de semaine, mais selon le responsable du groupe immigration de l’APDH de Séville, la réflexion des différentes associations sur ce processus de régularisation n’est pas encore assez mure pour pouvoir créer une véritable alliance (opposition dans le choix des critères à changer par exemple) . Effectivement à Séville, faute de coordination, les Associations de défense des droits des immigrés et ONG’s feront leur manifestation le vendredi 22 tandis que les associations d’immigrés la feront le samedi !!!
J’irai peut être aux deux, Alors à suivre dans un prochain article....


Milan, le pape et Berlusconi.
11 avril 2005 par Ugo

La mort du pape, la chute de Berlusconi : comment parler de la semaine qui vient de s’écouler en Italie sans citer ces deux événements principaux ? En ce qui concerne les funérailles historiques, en Italie, comme je crois dans le reste du monde, on n’a pas parlé d’autre chose et tout le monde au café avait son mot gentil à dire sur ce pape toujours très moraliste et conservateur, sur la laïcité de la République, sur la puissance symbolique de l’église. Mis à part le délire de masse et la médiatisation excessive liée au changement de pape (une fois le pape mort, on en fait un autre et on continue à considérer que le pouvoir de l’église est politique et temporel au lieu d’être spirituel), la vraie nouvelle de cette semaine a été sans doute l’échec brûlant aux élections régionales de la droite au pouvoir personnifiée par l’inimitable Berlusconi.

Toute l’Italie a voté à gauche avec des résultats inespérés dans des régions un temps considérées comme des « forteresses » de la droite et avec des hommes venant de la gauche radicale. La seule exception a été les deux régions les plus riches d’Italie, c’est-à-dire la Lombardie, région de Milan, et la Vénétie. Cela s’explique par le fait que Berlusconi, milanais, a toujours fait une politique économique très favorable au nord et il a récemment réussi à changer la Constitution dans le but d’établir un fédéralisme et une décentralisation avantageuse pour ces deux régions uniquement. Si cette politique a eu le mérite de garder les voix de droite dans la Lombardie et la Vénétie, elle a eu en même temps et pour les mêmes raisons l’effet contraire dans le reste de l’Italie. Pour cela, je crois que ce résultat électoral est très important si l’on veut comprendre le fonctionnement de l’Italie au niveau régional et montrer comment les intérêts locaux sont plus importants que les couleurs politiques.

Avec ces élections Berlusconi a perdu beaucoup de pouvoir et de prestige à l’intérieur de sa majorité et de fait Milan a perdu le poids politique que les administrations précédentes ont bien voulu lui donner. Je crois qu’il s’agit là d’une nouvelle très importante et qui représente pour Milan une véritable occasion de revoir sa gestion locale vis-à-vis du reste de l’Italie.

Dans ce nouveau contexte politique, les répercutions par rapport à mon travail sur l’exclusion sociale et urbaine à Milan sont importantes. Les associations avec lesquelles je collabore ont ressenti ce changement de donne politique comme une invitation à changer davantage les méthodes de gestion du territoire doublée d’une motivation supplémentaire qui légitime une politique d’accueil alternative à celle officielle et institutionnelle.

La crise du logement et l’exclusion urbaine représentent un phénomène très problématique à Milan et qui mérite une solution rapide et efficace à long terme, chose que toutes les politiques précédentes n’ont jamais voulu assurer. Le pouvoir économique de cette ville est étroitement lié aux grandes compagnies d’assurance, aux banques, aux entreprises de communication et de publicité, à la mode et au design. Il s’agit donc d’un tissu économique qui génère beaucoup d’argent mais qui en distribue très peu de façon égale. Milan la séduisante attire pour ses potentialités de travail, mais n’offre pas un accueil à la hauteur. Aveuglées, les politiques publiques ne cherchent pas à investir sur le terrain social tout en favorisant ce paradoxe, -paradoxe typiquement milanais et qui rappelle les dynamiques sociales des grandes villes néo-libérales. Mais comment faire du social dans une ville anti-sociale ? L’idée réside peut-être dans celle d’une alliance, et non dans l’affrontement, avec ce tissu économique existant, dans une « exploitation réciproque » : ne plus attendre que l’institution publique puisse contribuer à un travail social mais en cherchant à intéresser les institutions privées. Il ne s’agit pas de recourir à un pouvoir local politique lié à une droite isolée dans le reste de l’Italie et incapable de gérer l’urgence, mais à chercher à travers l’énorme masse d’argent privé qui se produit à Milan à instaurer des politiques d’accueil alternatives. Est-ce que cela est maintenant possible ? Et comment faire pour éviter que l’intérêt privé devienne prioritaire vis-à-vis du vrai problème d’accueil ?

Pour l’instant je me réjouis de voir le visage de Berlusconi presque en larme à la télé et malgré ce que l’on pourrait penser ce n’est pas à cause de la mort du pape.



Ambiance colorée et rythmée lors de la manifestation pour le droit des immigrés, dimanche 17 mars à Lisbonne.
4 avril 2005 par Sandrine

 
Tout le monde (sauf le soleil) était au RDV dimanche 17 mars pour la manifestation organisée par la plateforme pour la régularisation et l’intégration des immigrés.

RDV à 14h : une vingtaine de personnes, deux banderoles et quelques pancartes affichent et scandent des slogans pour le droit à l’éducation, à la sécurité sociale, au travail dans des conditions dignes et légales... « Personne n’est illégal et la lutte continue pour des droits égaux » crient en cœur les manifestants dont le nombre et les banderoles commencent à croître petit à petit. A 15h, nous n’avons pas encore bougé et les gens continuent d’affluer sous le regard curieux des passants, touristes et riverains.

Vers 15h30, la manifestation se met en marche ; la troupe des quelques militants s’est allongée en un long cortège de manifestants, où se côtoient représentants et membres d’associations diverses telles que Solidariedade Imigrante, SOS Racisme, Attac Portugal, syndicats, députés et sympathisants. Résultat : plus de 1000 personnes dans la rue. Il faut dire la situation des migrants au Portugal n’est pas des plus aisée.

Pays d’émigration pendant des siècles, le Portugal est devenu un lieu de destination pour beaucoup. Jusqu’aux années 90, il accueillait surtout des migrants de pays lusophones. Depuis peu, l’immigration vient majoritairement des pays de l’Est. La situation des immigrés est devenue de plus en plus difficile, essentiellement à cause des mafias et des réseaux clandestins d’immigration. Depuis 1980, le nombre d’étrangers clandestins n’a cessé d’augmenter. C’est pourquoi le gouvernement a lancé, en 2001, un processus de légalisation extraordinaire. Mais cela n’a pas amélioré la situation de tous, en particulier des nombreux nouveaux arrivants. En 2002, on estimait le nombre d’immigrants illégaux à 200’000. Ceux qui profitent de cette situation sont principalement les mafias et tous types d’exploiteurs qui emploient cette main d’œuvre à très bon marché, sans le moindre contrat de travail, ni protection sociale d’aucune sorte... C’est pourquoi, aujourd’hui, ils se sont rassemblés dans la rue.

Le défilé, trop court à mon goût, a à peine le temps de rejoindre le centre d’appui aux immigrés, à quelques centaines de mètres du point de départ. Les représentants des différentes associations prennent alors la parole et présentent une motion qui clôturera la manifestation. Elle demande entre autre :
-   la régularisation de tous les immigrés en situation irrégulière pour que tous ceux qui vivent et travaillent actuellement au Portugal et qui sont exclus des systèmes sociaux puissent enfin bénéficier des mêmes droits que tout citoyen ;
-   la modification de l’actuelle loi sur la nationalité, à la base de nombreux problèmes sociaux puisqu’elle exclu du système social et du sentiment d’appartenance à la société portugaise de nombreux jeunes de la seconde génération ;
-   une véritable politique d’intégration sociale qui offre une vie digne aux citoyens étrangers, avec égalité d’accès à l’éducation, à la formation professionnelle, au logement, aux soins et à la sécurité sociale, sans aucune discrimination, ainsi que la facilitation du regroupement familial ;
-   la modification de l’actuel cadre légal afin que les principes d’humanité et de solidarité prennent le pas sur les aspects économiques, restrictifs et répressifs actuellement en vigueur.

Cette motion sera déposée auprès du nouveau gouvernement, des différents groupes parlementaires de l’Assemblée et du Président de la République.

Alors que certains manifestants se dispersent, des groupes se forment spontanément autour de quelques percussionistes : les gens dansent et continuent à scander les slogans. Pour certains, la manifestation se terminera dans un squat pour discuter des nouvelles manifs et mouvements sociaux qui se préparent...

Pour un pays dont la culture des mouvements sociaux est relativement faible (rien à voir avec la France par exemple !), c’est un joli pari et un très bon début !



Barcelone : ville modèle ?
28 mars 2005 par Elisa

Barcelone : ville d’art et de culture, une référence pour tout architecte et urbaniste. Sa renommée internationale est en grande partie méritée, il faut bien l’admettre. Oui mais…
La ville est aussi faite de grandes et petites histoires, de grands personnages et de petites gens dont personne ne parle mais qui “vivent” la ville au quotidien, ont fait leur vie dans un quartier, survivent tant bien que mal dans des logements vétustes devenus plus ou moins insalubres, vivent de modestes pensions de vieillesse ou d’invalidité, de petits boulots précaires pas toujours déclarés…

Les pelleteuses s’activent, les expulsions se multiplient dans la Ciutat Vella et autres quartiers populaires de la ville. La version officielle pour justifier ces destructions massives : la rénovation du centre historique. Le projet ne peut qu’être louable puisque la communauté européenne le subventionne a travers un fond de cohésion. Certes, on fait appel aux meilleurs architectes pour la conception de nouveaux équipements et espaces publics à l’intérieur de ces quartiers ; les publications, d’ailleurs, ne manquent pas qui louent la modernité et l’ingeniosité d’oeuvres comme le nouveau marché de Santa Caterina par Enric Miralles et Benedetta Tagliabue.
Mais à qui vont profiter ces nouveaux espaces publics, ces hôtels, ces équipements flambants neufs ?
Aux promoteurs et spéculateurs avisés en premier lieu, aux touristes peut-être, et à quelques autres privilégiés ayant les moyens d’acheter ou de louer dans ces anciens quartiers populaires devenus hors de prix pour la plupart des bourses et en particulier pour les anciens locataires. Les plus chanceux d’entre eux seront peut-être relogés dans un de ces “hlm” de mauvaise qualité qui servent d’alibi social au gouvernement. La plupart devront quitter un quartier qui pour beaucoup d’entre eux représente toute leur vie et chercher plus loin un loyer plus décent. Pour les autres, pas de choix possible : ce sera la rue.

Pourquoi ce silence et cette indifférence ? Barcelone sera-t-elle toujours aussi séduisante demain, vidée d’une partie de son patrimoine historique et humain ?
Moderniser : oui, mais pas à n’importe quel prix. Soyons vigilants, Barcelone n’est pas la seule ville livrée aux mains des spéculateurs… Architectes, vous êtes prévenus.



Rome, ville active !
21 mars 2005 par Manon

Images colorées de la dernière manifestation,  pour la paix - 57.5 ko

Images colorées de la dernière manifestation, pour la paix

En deux semaines, j’ai été invitée à pas moins de cinq manifestations, deux occupations, et une quinzaine d’assemblée pour organiser tout ça. Et tout cela dans une apparente désorganisation pour la petite parisienne ponctuelle que je suis, et pourtant, les choses se passent, les choses avancent un peu. Tous les soirs, ces personnes engagées dans les luttes se réunissent à pas d’heure pour refaire le monde. Lundi, pour le droit au logement, mardi, pour l’intégration des immigrés, mercredi, contre les précarités, jeudi, contre les spéculations ou que sais je encore… Ces réunions durent parfois jusqu’à 2 - 3 heures du matin, où tout le monde crie plus fort que l’autre pour se faire entendre. Les bébés présents se mettent à pleurer, alors que les participants vont et viennent pour aller fumer leurs cigarettes, sans écouter les réponses de leurs camarades…

Mais à force de parler plus fort et plus vite que l’autre, une décision se prend : Rendez-vous le lendemain matin à 9h, à l’autre bout de la ville pour une occupation. Je suis à l’heure, car une occupation, c’est quelque chose de précis… à 10 heures, nous sommes une trentaine. A 11 heures, les centaines de personnes présentes prennent le bus pour aller, pas du tout discrètement, s’installer les uns après les autres dans le bâtiment inoccupé, et y resteront une dizaine de jour, le bâtiment ayant été vendu quelques jours auparavant à un nouveau propriétaire qui souhaite l’investir rapidement. Il faudra trouver un nouveau lieu…

Quelques 5000 personnes à Rome habitent dans des locaux désaffectés de manière abusive. Pour eux, la lutte est un devoir, la présence aux manifestations obligatoire, même si cela leur fait perdre leur travail. Le Coordinamento a réussi ainsi, à force de pression, à obtenir de la mairie 6 écoles occupées, qu’ils sont en train de réhabiliter grâce à des fonds de la région. Mais, au début du mois prochain, les expulsions pourraient reprendre, et beaucoup de personnes se trouveraient sans logement. Certes, pour ceux de Porto Fluviale, les conditions de vie ne sont pas tolérable, mais, comme ils le disent, ils ont au moins un toit. Alors la lutte continue, les réunions épuisantes, les manifestations qui risquent de faire perdre son travail, les occupations contrôlées par la police… Habiter dans une occupation demande beaucoup d’énergie. Quant à moi, aprés deux semaines, je suis épuisée !



Une semaine à Bruxelles
14 mars 2005 par Julien

Je ne sais pas trop, quel ton je dois adopter, après avoir lu les différentes « Une ». Les premières, comme chacun a pu le noter, étaient plutôt tournées vers la bonhomie du groupe, et les différentes anecdotes se rapportant à chacun. Mais voilà, depuis presque deux semaines maintenant, chaque membre de ce merveilleux groupe, n’ayons pas peur des mots, est parti dans sa contrée d’élection. Il faut donc commencer à traiter de ce qui nous concerne tous : Notre stage Pour ma part, le stage n’a pas commencé à Bruxelles mais à Roubaix. En effet, c’est à Roubaix, que l’association Periferia a organisé un colloque réunissant tous les membres du réseau « capacitation citoyenne »pour partager leurs expériences et de fait renforcer ce réseau. Ces deux jours de colloque ont été une entrée en matière et une prise de contact, avec ma nouvelle équipe, des plus intéressantes. La semaine passé a donc été une introduction à ce que sera ma vie en Belgique pour 18 semaines. Que pourrais-je dire de cette première semaine à Bruxelles ? Des milliards de choses certes, mais par où commencer ? Je vais d’abord vous parler de banalités comme le temps qui comme vous vous en doutez est exactement le même qu’à Paris c’est-à-dire frais et humide. Ensuite, la crise du logement existe partout et si on n’entre pas les standards de stage de la commission européenne, il n’est pas facile de se loger. Le propos n’étant pas là, nous allons nous concentrer sur la notion de capacitation citoyenne ainsi que celle de participation qui sont effectivement liées. Ma première semaine de stage a été normalement consacrée à une mise en contexte du milieu bruxellois. Ce n’est d’ailleurs pas une chose aisée de comprendre le fonctionnement institutionnel de la Belgique. Pour faire court, la Belgique est composée de trois régions (Bruxelles capitale, la région Flamande et la région Wallonne) mais elle est aussi régie par trois communautés linguistiques (les francophones qui comprend la région wallonne et 85% de Bruxelles, les néerlandophones qui englobent la région flamande et un peu Bruxelles et les germanophones qui représentent seulement nonante mille personnes (90 000)). Ce qui fait qu’a Bruxelles en tant que capitale, région et ville on compte plus de 1000 élus pour un million d’habitants. Une semaine, rien de moins, pour comprendre tout ça ! Sinon, ma mission ne va pas se limiter à cela et au contraire, elle est supposée me donner plus de responsabilités au sein de l’association. Mon intégration se fait donc en douceur même si, je devrais peut-être le taire, la xénophobie envers les français (je le prends pour moi !) existe dans mon milieu de travail. J’espère que vous serez traités aussi bien que moi, malgré tout ! Bon courage à tous !

Rome, ville ouverte ?
8 mars 2005 par Alessandra

Je vole les mots du réalisateur Rossellini pour me demander si dans l’Italie d’aujourd’hui, 60 ans après la sortie du film, symbole du néoréalisme, cela signifie encore quelque chose de parler d’ « ouverture » des frontières.

De mon point de vue, la racine du phénomène de l’exclusion urbaine d’une certaine catégorie de citoyens, en particulier les immigrés et les demandeurs d’asile, doit être recherchée dans les politiques migratoires italiennes des dernières années. En regardant les politiques d’admissions aux frontières jusqu’en 1990, on constate que seul les citoyens venant des pays du bloc soviétique pouvaient demander la protection de l’Etat italien en tant que réfugiés. Cette « réserve géographique » a été éliminée en 1990 avec la loi Martelli, mais qui a contribué à l’augmentation de l’immigration clandestine, introduisant des restrictions d’admissions aux frontières.

En 1998, on commence à parler d’ouverture quand l’Italie ratifie l’accord de Schengen. La même année la loi Turco-Napolitaine introduit plusieurs garanties pour les étrangers étant légalement présent sur le territoire national, avec la délivrance de la carte de séjour de longue période. En réalité, le gouvernement de l’époque ( gouvernement Prodi) n’était pas capable de rendre effective cette loi : peu de cartes de séjours ont été délivrées, et la loi précédente a continué d’etre appliquée.

L’Italie a touché le fond en 2002 avec la loi Bossi-Fini, encore en vigueur. Cette loi a rendu encore plus restrictive les politiques d’admission ( Empreintes digitales obligatoires pour le permis de séjour, extension des motifs d’expulsion, contrôles plus forts aux frontières) et en même temps plus précaire la condition des étrangers déjà résidents en Italie ( le permis de séjour doit être renouvelé 90 jours et non plus 30 jours avant son échéance !).

On vit dans une époque de grande peur et de méfiance pour tout ce qui est « différent », et ces lois en sont le reflet. Pour pouvoir parler vraiment d’ouverture, c’est la peur même qui doit être vaincue. Jusqu’à ce moment là, « Roma, ville ouverte » restera seulement le titre d’un très beau film.



On ferme les valises ...
28 février 2005 par Valentina

D’abord une petite remarque...malgré mes connaissances ridicules en matière de grammaire française je vous promets que je mettrais tout ma bonne volonté pour écrire une brève digne de ce nom, surtout après deux écrivains du niveau de Brigitte et Matthieu... donc soyez magnanimes et veuillez cueillir la substance plutôt que la forme !!

On dirait q’on est arrivés hier à Paris et d’un coup on doit déjà partir... Ce n’est la première fois pour personne que l’on part à l’étranger mais quand même chaque fois il y a un peu d’émotion ..l’envie de découvrir un lieu différent et d’ apprendre une langue pour certains, le plaisir de retourner dans des pays déjà connus et aimés pour certains d’autres et, pour tout le monde, l’impatience de travailler sur le terrain et voir si notre projet correspondra à ce qu’on a imaginé jusqu’à ce moment... On compte les jours , donc, contents et excités. Mais en même temps tout ça ne nous empêche pas de penser aussi avec un peu de mélancolie à ce mois qu’on a passé ici tous ensemble. On a rencontré des gens sympathiques et stimulants, on a eu la chance d’avoir depuis le première jour une très bonne ambiance, on a dépassé les salles de cours pour nous voir aussi dehors et discuter, se confronter, se connaitre un peu plus, blaguer, faire la fête, parler de nos projets futurs...et dernière chose mais pas la moindre...chanter ! Et là dans le récit de ces derniers deux jours vous allez comprendre ce que je veux dire... Tout a commencé jeudi à la fête pour la fin de la session de formation : présentation des projets par les stagiaires de la première session, débat et échange de connaissances, apéritif avec beaucoup d’autres personnes du CICP pour continuer à converser entre un verre de vin et un morceau de quiche. Fin de la soirée, pour les survivants après une bataille de neige, au café ‘la liberté’... Donc.. déjà avant de partir vers ‘ la liberté’ un groupe de jeunes chanteuses nous ont charmé les oreilles, mais on n’avait pas compris que le vrai spectacle devait encore arriver. Et voilà comment on s’est retrouvé samedi soir à faire une soirée karaoké, un peu timide d’abord et de plus en plus délirante à mesure que le temps passait. Heureusement pour les plus curieux j’ai bien documenté tous les évènements de ces jours avec mon appareil photo...

Allez voir la gallerie photo, vous pourriez bien comprendre comme c’est dur de quitter ce groupe de fous...

De toutes façons on ne se plaint pas bien sûr, le rdv c’est en Juillet, on se reverra ici tous bien chargés d’expériences et d’envie de raconter !

a presto !

valentina



La rentrée des classes...
20 février 2005

Succéder à un éditorial aussi impressionnant de justesse que celui de Brigitte relève de la pure gageure. Afin de ne pas souffrir la comparaison, cette brève jouera dans une autre catégorie, bien plus légère et triviale. Elle traitera de la joyeuse classe "Programme européen de mobilité autour de la lutte contre l’exclusion urbaine"

Cela fait maintenant trois semaines que nous [les 12 volontaires] partageons nos matins et souvent nos après midi. N’en déplaise à une certaine responsable du programme (que je ne nommerai pas, par crainte de représailles), pourquoi ne pas comparer ce mois de formation à une véritable rentrée des classes, en y voyant aucune connotation péjorative ? L’école n’est-elle pas un des meilleurs moments de la vie d’un individu, évoquée avec nostalgie bien des années plus tard ?

A l’école, la maîtresse nous apprend tout plein de choses. On lève la main pour faire une intervention plus ou moins pertinente (la maîtresse dit toujours qu’il n’y a pas de questions stupides, mais parfois, il faut quand même apprendre à lire avant de poser sa question). On s’en va alors de la "classe verte" plein d’entrain, fiers d’être ressortis plus éclairé qu’en rentrant le matin au CICP, la mine déconfite et le regard en berne (du moins pour certains).

Bref, comme a pu le dire le Petit Nicolas "c’est chouette l’école !" En plus, parfois la directrice apporte de quoi boire et manger pendant la classe !

en route pour la rentrée ! - 21 ko

en route pour la rentrée !

A l’aspect théorique de la formation s’ajoute un volet fondamentalement humain. Progressivement, nous apprenons à connaître nos petits camarades -merci aux nombreux tours de tables dans la langue de Molière et de Shakespeare ! Qui fait quoi, qui va où, pourquoi participe-t-elle (ou il) à ce programme ? Qui est spécialiste en infiltration de groupuscules ? Qui doit-on appeler en cas de problème sur le bambou ? Tout ça, et bien d’autres choses encore, nous le savons aujourd’hui.

Bien sûr, dans une dizaine de jours, nous serons tous éparpillés, de Londres à Budapest, en passant par Cadix, Milan ou Bruxelles. Le programme n’en demeure pas moins une aventure collective. A celle-ci participent bien sûr les douze volontaires, mais ne peuvent être oubliés celles et ceux qui restent et qui ont eu la gentillesse de consacrer une partie de leur temps afin de nous expliquer une dépêche de l’AFP priorité 3, une décentration, la vengeance d’un sous-préfet suite à une occupation de gymnase en Seine-saint-Denis, la joie qu’éprouve toute association de solidarité française à se dissimuler derrière un sigle abscons etc.

Il ne nous reste plus qu’une semaine de classe. En rentrant dans quatre mois, on réalisera tous de jolis exposés avec plein d’images pour présenter ce qu’on a fait pendant la "classe de découverte" !
Ce programme terminé, peut-être (j’espère) continuerons-nous à nous voir, à l’instar des réunions d’anciens élèves, afin de parler du bon vieux temps et des sandwiches tagines de la rue voltaire.

PS : A mes camarades, n’oubliez pas vos devoirs d’anglais pour jeudi, sinon la maîtresse risque de gronder.



Une jeunesse engagée au service des droits de tous
14 février 2005 par Brigitte

12 jeunes professionnels s’apprêtent à partager une belle aventure humaine :

Nous sommes tous entrés dans ce programme de mobilité urbaine dans le but certes de vivre une expérience en accord avec nos futurs objectifs professionnels, mais peut-être surtout avec nos engagements profonds et une volonté de lutter contre une certaine Société d’exclusion sociale, économique ou politique. Chacun, muni de ses compétences propres, armé de sa bonne volonté et de ses convictions, nous nous engageons sur le terrain de la solidarité internationale en apportant notre coopération à un réseau européen de lutte contre les discriminations et les exclusions.

Lutter contre l’exclusion urbaine c’est admettre que nous sommes tous porteurs des mêmes droits et des mêmes devoirs les uns envers les autres, c’est reconnaître que nous faisons tous partie d’une même Humanité et d’une même Citoyenneté. C’est également avoir au préalable déterminé les risques liés au vaste concept de « solidarité internationale » pour en contourner les écueils. Car forts de nos expériences variées et de nos connaissances diverses, nous restons conscients du fait que si le monde de l’Humanitaire et du Développement a certes besoin de bonnes âmes, il a surtout besoin d’acteurs compétents et motivés, prêts à échanger un savoir sans l’imposer à l’autre.

C’est donc dans le respect d’autrui et de son savoir-faire que nous partons effectuer notre étude, bien décidés à surmonter les risques d’ethnocentrisme propres à une telle recherche en terrain d’interaction culturelle. Alors engagés et idéalistes, mais loin des clichés et des utopies...



En attendant Brigitte...
11 février 2005

Sous le soleil exactement - 6.7 ko

Première "volontaire" pour le carnet de bord : Brigitte Espuche, 25 ans, sociologue politique en partance pour Cadix. But de sa formation : étudier la nouvelle loi sur l’immigration espagnole.
Hasta pronto !



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