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/Article/ Migrations/

Histoire d’amour et d’asile
27 avril 2006 par Sara

Un couple quelque peu atypique s’apprête à recevoir la réponse de l’Office de l’Asile et des Réfugiés (OAR) en ce qui concerne leur demande d’asile en Espagne.
Atypique, car il est composé d’une indonésienne d’origine chinoise qui a fui les persécutions dont a été victime cette minorité en 1998 après le renversement du Général Suharto, jusqu’au Pakistan, Jenny Setiawan et d’un pakistanais d’origine musulmane, Imran Firasat.
Atypiques encore, pour leur parcours : persécutés au Pakistan parce que la loi punit les personnes vivant en concubinage, et parce qu’elle interdit aussi le mariage entre personnes de confessions différentes. Or Jenny est bouddhiste et Imran musulman, en se mariant ils s’exposent à des peines de prison ou de mort. Ne pouvant ni se marier ni vivre en concubinage, ils changent de villes à plusieurs reprise au Pakistan, mais sont dénoncés à chaque nouvelle installation par des voisins. Imran Firasat est arrêté et torturé par la police, sa famille qui l’accueille est menacée.
Quand son père est assassiné ils décident de fuir en Allemagne. Arrivés à l’aéroport de Francfort avec leur enfant de 11 mois ils font une demande l’asile. La réponse ne tarde pas à arriver : leur demande est rejetée, elle est « manifestement infondée », un musulman ne peut pas avoir vécu en concubinage avec une bouddhiste au Pakistan, c’est inimaginable.
Les autorités allemandes décident donc de les expulser, mais ils ne sont pas mariés, ils peuvent et doivent donc être séparés, l’une en Indonésie et l’autre au Pakistan. Atypique encore une fois, ce couple par la mobilisation qu’ils réussissent à susciter autour de leur cas. Grâce au soutien de militants de défenses du droit d’asile et la parution de nombreux articles dans la presse, ils sont renvoyés ensemble en Indonésie. Mais à l’aéroport de Jakarta Imran Firasat est refoulé il ne dispose pas des bons papiers pour entrer sur le sol indonésiens, le couple et leur enfant de 11 mois sont donc réembarqués dans le même avion pour faire demi-tour. De retour à Francfort, la pression des associations se poursuit si bien qu’ils obtiennent un document qui leur permet de résider temporairement en prévision de leur expulsion. Suivant les conseils d’une africain rencontré dans le centre de rétention de l’aéroport ils décident de quitter l’Allemagne pour l’Espagne, en effet selon lui la législation est plus permissive en Espagne que dans d’autres pays.
Une fois arrivés en Espagne leur demande d’asile est rejetée dès la première étape comme ils pouvaient s’y attendre. L’accord de Dublin signé par tous les pays européens de l’espace Schengen spécifie qu’une même personne ne peut effectuer qu’une demande d’asile dans l’un des pays européens, et que le pays compétent pour examiner sa demande d’asile est le pays dont elle a foulé le sol en premier, donc dans le cas de ce couple l’Allemagne.
Là encore la couverture par la presse de la situation de ce couple a été impressionnante. C’est ce qui en fait un demandeur d’asile atypique, puisque des histoires d’amour brisé, de familles séparées et de persécutions les dossiers de demandes d’asile en sont pleins. La question est donc de savoir pourquoi ce cas est si médiatisé. En analysant le contenu des articles publiés dans la presse allemande d’abord puis espagnole on pourra peut-être se faire une idée.

Ce qui est le plus marquant c’est l’évolution du ton des articles les concernant. Au début, le propos des articles tourne autour du thème de la défense de la situation familiale du couple : ce qui compte le plus pour Imran c’est le bonheur de sa famille, qu’on ne le sépare pas de sa femme et de ses enfants, tout ce qu’il veut c’est vivre tranquille (à noter que c’est toujours Imran qu’on interroge et jamais Jenny). En Allemagne les propos de la presse se concentre sur la situation humanitaire du couple, sur l’attitude des policiers face à cette femme enceinte, et son très jeune enfant, insiste sur l’aspect inhumain de séparer une famille avec des enfants en bas âge. En Espagne de même, les articles insistent sur la situation précaire économiquement du couple mais du soutien de la population dont ils bénéficient en Cantabria. Cette histoire d’amour qui traverse les continents et défie l’obscurantisme des religieux cette histoire d’amour plus forte que tout, plaît. Mais peu à peu quand se dessine la possibilité d’une nouvelle demande d’asile Imran change de ton.

Pour obtenir l’asile passes au JT !

Ce changement de ton est dû, selon moi, à la porte qui s’ouvre devant lui grâce à la législation espagnole sur l’asile. Dans la loi espagnole il est prévu qu’on puisse déposer une deuxième fois une demande d’asile si les éléments de la persécution ont changé. Et pour ce couple c’est le cas : la foule d’article publiés depuis leur arrivée en Europe et leur dénonciation de la persécution dont ils ont été victimes dans leurs pays rend leur éventuel retour au Pakistan très dangereux. Mais s’ils commencent à parler religion leur retour ne sera même plus envisageable. Le discours d’Imran va donc passer de la défense du bien-être de sa famille à une accusation sans détour de la religion musulmane responsable selon lui de tous les maux. Dans les entretiens qu’il fait à la télévision locale il fait du prophète son ennemi personnel, l’accusant d’avoir pu prendre autant de femme qu’il voulait, alors que lui ne peut même pas se marier avec la femme qu’il aime. Il affirme ce n’est pas la faute des personnes qui gouvernent, c’est la faute de l’Islam.

Ce qui me paraît incroyable dans cette histoire c’est l’utilisation réciproque de deux protagonistes : les médias et le couple. Les médias utilisent ce couple car c’est une histoire réelle qui ressemble à un film de Bolywood, les chants et les fleurs en moins mais avec son histoire d’amour impossible. Et le couple se sert des médias pour avoir une chance d’obtenir l’asile.

La question ici n’est pas de juger Imran , mais bien de prendre note de son ingéniosité. Jamais on verra dans les journaux l’histoire d’Emmanuel recruté de force par les rebelles en Côte d’Ivoire qui a fui son pays et ses combats, ou de Clément recherché et persécuté par les forces de l’ordres congolaises pour avoir milité dans un parti de l’opposition. Eux se sont les « deux millions d’Africains » qui attendent sur les côtes du continent noir la moindre occasion pour « envahir » l’Europe, se sont les « vagues déferlantes » qui arrivent sur les côtes des îles Canaries. Firasat Imran reprend le discours européen de contrôle de l’immigration avec la foi d’un converti : il différencie les bons et les mauvais migrants, ceux qui fuient les extrémistes religieux et ceux qui cherchent du travail, lui ne « peut pas vivre comme un illégal ». Il pousse le vice jusqu’à adopter le discours de racistes occidentaux : c’est l’Islam qui est mauvais ce n’est pas les lois des pays et donc ces dirigeants que l’on doit condamner. C’est sûr qu’à ce rythme là il n’a pas de problème pour faire publier son récit de son déni de l’Islam. Et c’est bien pour ça que la demande d’asile de Imran et de Jenny va aboutir positivement.

Cette histoire me paraît refléter parfaitement l’image de la politique d’immigration et le discours des médias espagnols sur ce sujet : on doit accepter l’immigration comme une réalité, mais, au moins, il faut bien la choisir, celle qui n’est pas choisie est une menace, il n’y a qu’à voir l’arrivée quotidienne de ces centaines hommes épuisés et déshydratés sur les côtes des îles Canaries.




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