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Niger / Droits des étrangers /

Les dérives sécuritaires des politiques migratoires au Niger (première partie)
5 janvier 2010 par Elodie

Au Niger, les problématiques liées aux migrations n’étaient, jusqu’à présent, que rarement présentes dans les débats, que ce soit au niveau des discours politiques, dans la société civile et plus largement au sein de l’opinion publique. Pourtant, après un premier tour d’horizon et une rapide récolte d’informations auprès des institutions internationales, des services étatiques et des différentes associations présentes à Niamey, il semble que cette situation évolue car les questions migratoires sont en train de prendre une place de plus en plus importante. En effet, elles se retrouvent peu à peu intégrées aux réflexions de l’intelligentsia nigérienne, aux prises de décisions politiques, de même qu’aux actions des ONG.

Une sécurisation des frontières européennes qui ne cesse de descendre plus au Sud

Les Nigériens candidats à l’émigration hors d’Afrique sont très peu nombreux. Les ressortissants des autres pays d’Afrique qui traversent le Niger, dans une très large majorité, le font pour rejoindre un autre pays africain. Cela n’empêche cependant pas les politiques migratoires européennes et leur approche répressive et sécuritaire de s’étendre progressivement jusqu’aux frontières de ce pays de la bande sahélo-saharienne, limitrophe de l’Algérie et de la Libye. Dans la logique d’externalisation des frontières de l’Europe, la Libye et l’Algérie ont déjà été associées et sont progressivement devenues les nouveaux partenaires des Etats européens dans la lutte contre l’immigration dite « clandestine ». Participant également de ce phénomène de sous-traitance des contrôles aux frontières, le Niger se voit aujourd’hui vivement incité à appliquer sur son sol les directives dictées par le Nord en matière de politique migratoire. Ainsi, le programme AENEAS, géré depuis la France par le service de coopération technique de la police, a été mis en place à Niamey via le service de sécurité intérieure de l’Ambassade de France. Ce projet, effectif dans 179 autres pays, prévoit l’informatisation et la mise en réseau satellitaire de 11 postes frontières au Niger, tous reliés à la DST (Direction de la Sûreté du Territoire), équivalent de la PAF (Police Aux Frontières) française. La création de ce réseau informatique, couplé avec un fichier Interpol, a pour objectif de mesurer et contrôler les flux migratoires. Il s’accompagne également de l’équipement des postes frontières en matériel de détection des faux papiers et de la formation du personnel policier en matière de contrôle de la fraude documentaire.

Surveillance et contrôle des migrants au cœur du Sahel

Le programme AENEAS prévoit d’équiper de la même manière les postes de Dirkou et d’Agadez. Villes stratégiques, principales étapes des migrants qui traversent le Niger, ces deux villes sont de véritables pôles migratoires situées en plein désert. Agadez, à plus de 900 kilomètres de Niamey, est aux portes du massif de l’Aïr, tandis que Dirkou, à plus de 600 kilomètres au Nord-Est d’Agadez est au coeur du désert du Ténéré. L’isolement de ces localités éloignées de la capitale, est renforcé par le mauvais état du réseau routier et par le contexte d’insécurité qui règne dans le Nord du pays depuis le début de la seconde rébellion. Dans la mise en œuvre du projet, l’accent est donc mis sur un contrôle accru des zones périphériques et en particulier des confins sahariens. Hormis le manque de visibilité des flux migratoires et la difficulté pour les autorités de contrôler les itinéraires trans-sahariens, les problèmes rencontrés dans ces zones sont nombreux. Les attaques armées sont régulières sur les axes les plus empruntés, tandis que les voies moins fréquentées sont utilisées par les trafiquants de cigarettes et de drogue. Les politiques européennes, de leur côté, développent et entretiennent une vision simplificatrice des flux trans-sahariens, qu’elles perçoivent, à tord, comme des mouvements massifs en direction de l’Europe. L’objectif visé est donc de développer de nouveaux outils de contrôle, sans pour autant chercher à comprendre la réalité du terrain ni les différents enjeux en présence.

Un programme pérenne ?

Lancé par l’Union Européenne, le projet AENEAS, qui commencera à fonctionner concrètement début 2010, représente des milliers d’euros d’investissement au Niger. Il prend en charge des frais d’équipement, de formation et de fonctionnement pour les services de police nigériens qui, par conséquent, n’incombent pas à l’Etat. Or le Niger, pays carrefour par excellence, zone de transit traversée en tous sens pas des flux de populations venant de l’ensemble de l’Afrique, n’a aucun intérêt à limiter les mouvements migratoires sur son sol. D’une part, la plupart des migrants nigériens, de même que ceux qui ne font que traverser, se rendent dans les Etats d’Afrique du Nord comme la Libye et l’Algérie, gros importateurs de main-d’œuvre, pour y trouver un emploi temporaire avant de revenir, souvent avec les sommes économisées pendant leur séjour. D’autre part, le passage des migrants, dont la durée du séjour au Niger peut varier de quelques semaines à plusieurs années, représente un apport considérable pour le pays. Les voyageurs sont en effet une source de revenus, tant pour les transporteurs et les commerçants que pour les militaires et les policiers qui taxent allègrement chaque passage aux postes de contrôle. Le Niger s’apprête pourtant à appliquer des mesures restrictives, ou en tout cas, à jouer le jeu de l’Europe dans la logique du tout répressif et du tout sécuritaire. Cependant, il n’est pas certain que ce type de projet soit pérenne sur le long terme puisque l’Union Européenne le finance dans son intégralité seulement au cours de la première année, à l’issue de laquelle l’abonnement satellitaire notamment, devra être pris en charge par l’Etat du Niger. Il est donc probable (et souhaitable) que les coûts de fonctionnement de telles installations deviennent trop lourds pour être supportés par le Niger et que, faute de moyens, le programme perde de son efficacité.




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