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Niger / Droits des étrangers /

Frontière Niger/Nigeria : migrations, réseaux et trafics
17 mars 2010 par Elodie

Le Sud du Niger, les villes de Birni N’Konni, Maradi et Zinder et plus généralement la zone frontière Niger / Nigeria, est l’espace par lequel transitent de nombreux migrants venant des pays de l’Afrique Centrale, tels que le Cameroun, le Congo ou encore la RDC, ainsi que les Nigérians qui se rendent plus au Nord, principalement dans les pays du Maghreb. C’est une zone d’échanges permanents, économiques comme humains, dans laquelle se concentrent de très nombreuses activités commerciales. Le transport de marchandises et de personnes entre le Niger et le Nigeria représente un secteur d’activité surdéveloppé et nombreux sont les transporteurs dont la prospérité des affaires repose en grande partie sur les migrants.

Konni : ville de passage, ville de transit

Les étrangers qui s’arrêtent à Konni sont d’abord passés par le Nigeria, Kano ou Sokoto et beaucoup se rendent directement à Agadez, avant de continuer plus au nord. Une autre catégorie de voyageurs s’arrête à Konni en faisant le chemin inverse. Ils sont sur la route du retour, ils rentrent d’Algérie ou de Libye et peuvent ainsi raconter les conditions de voyage ainsi que les difficultés rencontrées sur le parcours. C., commerçant nigérian, explique les tracasseries policières sur la route :

« On paye les policiers nigériens, 50 000 nairas environ. Il n’y a pas de problème côté algérien, mais la police nigérienne demande de l’argent, que tes papiers soient en règle ou pas, tu payes. Il n’y a pas de violence, c’est seulement l’argent qu’ils voient. »

K., Nigérian également, reviens tout juste d’Algérie, retourne à Sokoto et raconte ce qu’il a subit en route :

« La police algérienne est très dure. Je ne repartirai plus. Les policiers prennent de l’argent en Algérie et au Niger, avec ou sans papiers. La police algérienne déchire les papiers en règle et vous devez payer, comme si vous n’aviez pas de papiers. Moi, dans mon pays, tu peux venir, faire tes business, on ne va rien te faire. Mais ici, on traite trop mal les étrangers, c’est pas bon. »

La grande majorité des migrants passent par Kano, la plus importante ville du nord Nigeria et à partir de là, empruntent soit la voie de Maradi, soit celle de Zinder. L’arrivée au Niger se fait donc très souvent par une de ces deux villes, qui sont des étapes importantes des voyageurs originaires du Nigeria et de l’Afrique Centrale.

Maradi et Zinder : villes étapes, villes de blocages

Les incessantes pratiques de racket des migrants et la corruption qui frappe, de manière générale, tous les voyageurs souhaitant traverser la frontière ont encouragé les passages en fraude. Plutôt que d’être taxés à chaque poste de contrôle, et parfois de manière totalement injuste, les voyageurs étrangers préfèrent payer un transport plus cher mais qui leur évitera des déconvenues. Cela a développé sur la zone frontière, un véritable réseau de passeurs qui profitent de la manne financière que représentent les migrants. Pour les étrangers, le prix du trajet Magaria-Zinder peut aller jusqu’à 25 000 Fcfa par personne, alors que ce trajet coûte normalement 1250 Fcfa. Ce prix exorbitant demandé aux migrants est une garantie pour eux de ne pas être inquiétés aux postes de contrôle. Car lorsqu’ils empruntent la voie légale, les étrangers subissent de véritables injustices. Un habitant de la périphérie de Magaria raconte qu’il constate régulièrement les mauvais traitements infligés aux migrants :

« On les aligne et on les maltraite ; on les fouille, on fouille leurs sacs, on les aligne au soleil, on leur prend de l’argent et cela provoque parfois des attroupements. »

Lorsqu’ils arrivent à Zinder, de nombreux migrants ont déjà dépensé des sommes importantes et doivent attendre de réunir un peu d’argent pour pouvoir continuer. La situation des voyageurs refoulés de Libye ou expulsés d’Algérie est plus difficile encore. Ils ont souvent tout perdu sur le parcours et arrivent à Zinder ou à Maradi totalement démunis. La traversée du Ténéré ou de l’Aïr les a éprouvé physiquement et moralement. Epuisés et sans ressources, parfois malades, ils ne peuvent ni continuer, ni faire marche arrière. Zinder et Maradi deviennent alors des lieux de blocage pour ces migrants. Ils restent parfois des semaines à chercher un moyen de rentrer chez eux ou au moins d’avancer jusqu’à une autre ville, d’atteindre une nouvelle étape. Il existe peu de structures pouvant leur venir en aide. La mission catholique de Zinder est un des seuls lieux où ils peuvent éventuellement trouver un peu de soutien.

Kano - Madrid : 500 000 francs cfa

Plusieurs d’entre eux racontent comment, depuis Kano, au nord Nigeria, les transporteurs proposent des trajets direct jusqu’en Europe. Les agences affichent, sur des panneaux en bois, des destinations espagnoles, comme par exemple : Kano-Madrid ou Kano-Barcelone, dont le tarif tourne autour de 500 000 Fcfa. Profitant de l’ignorance des jeunes migrants, les transporteurs, les directeurs d’agences de transport et les rabbateurs font payer des trajets à des prix exorbitants, promettent l’Espagne et transportent leurs clients jusqu’à Zinder, parfois jusqu’à Agadez ou Arlit mais rarement plus loin. Une fois qu’une telle somme a été dépensée, il est difficile de poursuivre. La distance parcourue ne représentant qu’une toute petite partie du trajet total.

Dans la région, les différents commerces liés aux migrants sont florissants. Du Nigeria vers le Niger ou bien du Niger vers l’Algérie, les prix flambent. Or le manque d’informations précises dont disposent les migrants les pénalise lourdement. Souvent, lorsqu’ils quittent des pays comme le Cameroun ou le Congo, ils ne peuvent évaluer, même approximativement, ni les distances, ni les tarifs des trajets, ni les conditions, climatiques par exemple, qui les attendent en route. C’est ensuite de ces carences que profite toute une chaîne de personnes dont la principale activité se résume à rentabiliser la quantité de passages dans la zone. L’espace frontalier entre Niger et Nigeria est le cœur de l’activité économique du Niger, c’est le point central des échanges marchands et le trafic des personnes n’échappe pas à la logique du profit maximum. Du rabatteur au chauffeur, des commerçants aux forces de l’ordre, chacun profite de la manne financière que représentent les migrants. Un jeune Camerounais, bloqué à Zinder depuis près d’un mois, le résume ainsi :

« Au Niger, tout le monde s’enrichie avec les migrants. Nous, on fait gagner de l’argent à tout le monde dans ce pays. »




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