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Sidi Ifni : les mouvements sociaux en ébullition
1er septembre 2008 par Souad

Sidi Ifni une commune de 40 000 habitants dans le sud du Maroc (à 70 Km d’Agadir), a connu des jours sombres au cours du mois de juin 2008. Comme Chlef en Algérie ou encore Redeyef en Tunisie, Sidi Ifni est devenu le terrain d’un soudain mouvement social qui fut violement réprimé, et qui encore il y a deux semaines alimentait la colère des habitants. Retour sur les faits…

Les origines de cette émeute ? Un ras le bol des habitants face à leur condition de vie qui ne cessent de se détériorer, un chômage grandissant, et une précarité dont les jeunes sont les premières victimes. Aucune perspective de développement local, des promesses que les autorités font et ne tiennent pas, bref une consternation de la population qui peu à peu s’est muée en colère.

Une semaine avant les événements dramatiques, la municipalité avait organisé un tirage au sort pour offrir 8 contrats de travail. Une goutte d’eau face au taux de chômage de la ville qui table au dessus de la moyenne nationale. Apres les résultats du tirage, les jeunes restés sans propositions ont décidé, le 30 mai, de bloquer 9o camions de poissons au port de Sidi Ifni, principal poumon économique de la ville.

Apres une semaine de blocage, l’intervention des forces policières se fait musclée. Les affrontements entre les forces de l’ordre et les jeunes font état de 44 blessés. Les habitants parlent de violences à la matraque, les policiers seraient même entrés dans les maisons saccageant tout sur leur passage.

Les associations des droits de l’homme réagissent aussitôt pour condamner cette violence. Elles s’avancent à parler de morts, qui, selon la version officielle, n’ont pas eu lieu. Ce qui a valu la condamnation du journaliste qui a relayé cette "fausse" information, et d’un militant d’une association des droits de l’homme qui en est la source.

Une commission d’enquête parlementaire est alors instaurée pour déterminer les éventuelles responsabilités des forces de l’ordre et des autorités. Le flou est total, les associations parlent de graves violations des droits de l’homme : brutalités policières, tortures, viols, disparitions, assassinats quand face à eux le gouvernement affirme que rien de tout cela ne s’est passé.

Les associations font leurs propres enquêtes mais restent prudentes, car à la suite de cet événement plusieurs militants associatifs sont incarcérés. Cependant la commission d’enquête parlementaire se fera sur 6 mois ! Le temps sans doute de calmer les esprits, en attendant qu’une autre émeute éclate ailleurs dans le pays, et d’étouffer un brasier social qui ne cesse de s’enflammer.

Sidi Ifni n’est pas un cas isolé. Partout dans le pays, et dans la région du Maghreb, les émeutes sont habituellement violemment réprimées. Ce qui est particulier dans cette affaire ce n’est pas le cas lui-même, mais tout ce qui va se passer autour. Une série de désinformations, de rumeurs contradictoires, qui font de cette affaire un véritable casse tête. Une guerre de la communication en somme entre version officielle et informations des canaux alternatifs.

Sidi Ifni c’est aussi le symbole de cette jeunesse qui crie sa rage dans la rue, faute de pouvoir faire autrement. A l’image des diplômés chômeurs qui descendent chaque jour devant le parlement à Rabat, et ce malgré la réponse répressive des forces auxiliaires. Le chômage qui touche les jeunes devient une bombe à retardement dans les quatre coins du pays.

Mais pourquoi une telle violence de la part des autorités ? Automatisme étatique, les autorités craignent sans doute que ces soulèvements prennent des proportions plus grandes comme en 1988 en Algérie. Le vice-président, M.Abdelhamid Amine, de l’Association marocaine des droits de l’homme a indiqué que « Ce qui s’est passé à Sidi Ifni reflète la poursuite et l’escalade de l’approche sécuritaire dans le traitement des problèmes sociaux que connaissent les régions marginalisées du Maroc, comme Sefrou et Jerada ». Et pour certains le cas de Sidi Ifni relève des séquelles laissées par les années de plomb.



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